dimanche 22 avril 2012

Alfred de Musset : le manuscrit de Carmosine

Alfred de Musset (1810-1857)
J'ai récemment lu une anecdote très surprenante dans l'ouvrage de Paul Eudel, Trucs et Truqueurs, altérations, fraudes et contrefaçons dévoilées, Paris, librairie Molière, 1907. Dans son chapitre consacré aux autographes, il relate l'histoire du manuscrit de Carmosine écrit par l'écrivain et poète Alfred de Musset (1810-1857). Cette histoire mérite d'être rapportée.

En 1850, les autographes sont à la mode. Les riches parisiens se piquent d'acheter des lettres et des manuscrits de personnes illustres. L'un d'entre-eux, et par n'importe lequel puisqu'il s'agit du journaliste et homme politique Louis-Désiré Veron (1798-1867), directeur du Constitutionnel et fondateur de La Revue de Paris, amateur de littérature, accepte de financer la rédaction de la nouvelle pièce de théâtre d'Alfred de Musset. 
Le poète, étant un peu dans le besoin, accepte la double exigence de Veron, à savoir un délai de livraison à respecter scrupuleusement et la récupération du manuscrit par le mécène. 

Paul Eudel écrit : "Or, le poète des Nuits ne travaillait qu'à ses heures. Procédant lentement, il suivait le principe de Boileau, modifiait et raturait sans cesse. Son premier jet venait troublé. Il l'éclaircissait peu à peu". A quelques jours de rendre ses travaux, Musset est encore loin d'avoir terminé la rédaction de sa Carmosine. Pour ne pas être pénalisé par les termes de son contrat avec Veron, il lui faut se consacrer à temps plein à sa besogne. 

Louis Désiré Veron (1798-1867)
Mais voilà que Musset, bien malchanceux et par conséquent très embarrassé, se blesse sérieusement à l'index : "il se trouva dans l'impossibilité de tenir une plume. Comment faire ? (...) il avait besoin d'argent". Il ne pouvait pas faire appel à un ami car il était seul à pouvoir déchiffrer ses ratures et les commentaires en marge de son brouillon. 
La seule solution, rapide et à portée de main : sa servante. C'est même elle qui lui souffle l'idée. Musset accepte et dicte pendant de longue nuit sa nouvelle pièce.

Musset, soulagé, livre en temps et en heure à Veron le manuscrit. Le directeur du Constitutionnel est tellement heureux de cette ponctualité et surtout de posséder le manuscrit d'un homme de lettres aussi important, "eut alors un élan de générosité. Il étala devant le poète cinq billets de mille francs. Musset n'en revenait pas ! C'est trop dit-il. Mais non répondit le Mécène, puisque je conserve le manuscrit". Musset accepte non sans être secrètement dérangé par quelques scrupules : "il n'avait pas de sa main  tracé une ligne de copie". Il culpabilise, il s'en confesse à sa servante qui "partit d'un grand éclat de rire. Le prévénir ? A quoi bon ? Il le verra bien aux fautes d'orthographe !".

Cette histoire, connue et reprise dans quelques livres (dont Le théâtre d'Alfred Musset de Léon Lafoscade) laisse en supsens une question que se sont posés de nombreuses personnes : Qu'a pu devenir ce manuscrit ?
Après quelques recherches dans les catalogues de ma bibliothèque, je n'ai pas trouver trace de ce Carmosine. Comme pour les faux autographes de Vrain-Lucas, y-aurait-il des amateurs pour l'acheter ? 











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